06/12/2017

721 la saint Nicolas dans le village, avec les petits Polonais du charbonnage

Le congé  à l'école le jour de la sainte Barbe était bien vite suivi par la journée de la saint Nicolas.

Les échevins et le comité scolaire distribuaient dans la matinée des cadeaux aux enfants de l'école communale gardienne, des filles puis des garçons .Il y a des friandises: bonbons, mandarines, noix, mais surtout un cadeau pratique comme une écharpe par exemple, une robe de nuit, des gants en laine, un bonnet...

Et puis, les bras chargés,on rentrait à la maison. C'était donc une deuxième journée de congé.

A la maison selon les possibilités de chaque famille, d'autres jouets comme c'était la tradition, attendaient les enfants les plus favorisés par la vie.

A cette époque, au tout début des années 50 ce n'était pas folichon pour tous.

Les ouvriers mineurs avaient , c'est vrai des sous qui tombaient chaque samedi et les salaires étaient plus élevés au charbonnage que partout ailleurs.

Les associations locales du village avaient aussi leur saint Nicolas mais nos parents n'en faisaient pas partie et dans la rue , on ne nous regardait même pas.

Nos parents se débrouillaient cependant.

Dans le village pas de petit commerce de jouets. Je ne sais quand, nos parents couraient à La Louvière ou Binche au Sarma ,à l'Unic, pour acheter les poupées, les boîtes à tricot, la carabines à bouchon, les tambours en fer.

En 1953 ,la mercerie tenue par la Madame Gorez, la maman de André et Patrick Gorez, les futurs joueurs de foot, organisait aussi la visite de saint Nicolas.

C'était une personne très belle, très gentille avec les étrangers, assez pour que je me souvienne de sa gentillesse avec nos jeunes parents un peu à l'écart.

A Trivières, il y  a eu quelques personnes attentives, sincèrement attentives aux premiers étrangers polonais, italiens, mais pas des masses ..

Quand ce n'était pas de l'indifférence, c'était carrément du mépris. Pas chez madame Gorez qui avait un mot gentil pour toutes les mamans des gens du charbonnage.

Elle nous a invité à monter l'escalier pour entrer dans le magasin venir rencontrer saint Nicolas; faire des photos sans doute puisque la voilà.

J'ai souvent abordé ce sujet avec les Polonais de Trivières :

"Qui était aimable à cette époque avec les Polonais du village ? "

Une gratitude sincère est à exprimer seulement à quelques personnes de Trivières dont Madame Gorez.

Des années plus tard elle était aussi une des rares personnes à  permettre l'accès et l'usage de son téléphone pour   tous; même la nuit en urgence, elle ouvrait la porte

Cette image me laisse surtout un goût amer en me souvenant de la déconsidération générale de la population à notre égard. Petit garçon, il était pour nous normal d'être repoussé . On a commencé à trouver cela pas peu explicable assez tard, après coup.

A Trivières, la population polonaise n'était pas regroupée, contenue dans des pseudo ghettos, dans des cités de Polonais comme à Tertre, comme Sainte Marguerite à Péronnes, comme l'Olive à Morlanwelz , comme Bois du Luc, comme le Levant de Mons  à Bray.

Elle était clairsemée, éparpillée dans les plus vétustes maisons du village qui appartenaient à la Société des Charbonnages de Bois du Luc. Au Quesnoy quelques maisons à gauche et à droite de la cantine Dubois; plus bas dans le village même, dans la rue de la Moussière, dans la rue de la Chapelle et la place du Marais (place Penette),

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dans la rue du Bois Huberbu, dans la rue du Peron, place de la Chapelle au Puits, les maisonnettes juste avant le café "la Bonne Humeur"

place du Pont et la Tondrée , toutes ces maisons badigeonnées en jaune tous les deux ans et goudronnées dans le bas. Voyez la porte de la maison !

Les quelques maisons convenables de la rue Jules Destrée (rue Larock) et celles de la rue des Baronnies étaient pour les porions.

Dès 1954, le Foyer Louviérois a commencé à bâtir en plein cœur du village une très belle cité. Aucune famille polonaise n'y a reçu une maison. 

On ne vivait pas à Trivières entre Polonais mais noyés dans, la population locale qui ne nous tolérait pas. Puis un peu, puis ne se préoccupait plus de nous suspecter tout comme la police locale et la police du charbonnage et la police des étrangers. Et à la fermeture des charbonnages, plus rien; on nous a oublié définitivement.

Cela a duré au moins jusqu'à la fin des années 50 et puis on a commencé à se faire notre place, difficilement, tout doucettement.

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16:38 Écrit par LES POLONAIS DU CENTRE | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour,

Par le biais de notre informaticien, Monsieur Ogonowski, l'article du 06/12/2017 nous est parvenu parce qu'il parle de ma grand-mère, Madame Gorez. Etant toujours en pleine forme malgré ses 93 ans, je lui ai fait parvenir l'article qu'elle a lu avec beaucoup d'émotion et elle m'a demandé s'il était possible de savoir qui avait écrit cet article et de qui venait ce témoignage.

D'avance je vous remercie de pouvoir me donner ces informations afin que je puisse les lui transférer.

Écrit par : Gorez Laetitia | 13/12/2017

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