22/09/2014

str 567 POLSKA SZKOLA W BELGII PRZED 1939-1945

 

LE MULTICULTURALISME DE LA BELGIQUE

 

UNE ANALYSE DE LA POLITIQUE DE SCOLARISATION

DES ENFANTS POLONAIS EN BELGIQUE 1923-1940

une étude historique de l'enseignement de la langue polonaise en Belgique, à lire et à relire pour pouvoir  parler de ce sujet de manière objective

Frank Caestecker     Institut Universitaitre Européen

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Dr es histoire

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Frank Caestecker est professeur d’histoire à l’Université de Gand. Il est l’auteur de très nombreux ouvrages et articles sur l’histoire de l’immigration en Belgique.  

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

La population étrangère en Belgique, pendant l'entre-deux-guerres

n'a pas la même physionomie qu'avant la première guerre mondiale.

 

La part des pays limitrophes, comme sources d'immigration, n'est plus

aussi dominante.

De nouveaux contingents, importants, viennent de

régions nouvelles: de l'Italie d'une part, et d'autre part d'Europe

centrale et orientale.

Par ailleurs, jusqu'en 1914, l'immigration avait

été spontanée.

Au lendemain de la guerre commence le recrutement de

travailleurs étrangers, le recrutement organisé à l'étranger, d'une maind'oeuvre destinée avant tout aux charbonnages et à la métallurgie.

 

L'immigration spontanée et les recrutements, désormais, s'additionnent

donc.

 

Le nouveau type d'immigration posait de nouveaux défis à la

société belge. La présence d'une nombre assez important d'enfants de

travailleurs immigrés constitue un des enjeux. La formulation d'une

politique scolaire relative à ces enfants s'inscrit dans une stratégie plus

ample vis-à-vis de cette population nouvellement arrivée.

 

Une politique scolaire est toujours le fruit d'une lutte entre

différents groupes d'intérêts.

 

L'analyse ci-dessous de la politique de

scolarisation des enfants d'immigrés démontre bien les intérêts que ces

enfants suscitaient dans les stratégies des divers groupes de pouvoir.

 

Des stratégies se situant autour des concepts comme assimilation,

intégration, acculturation et ségrégation se développaient avec une

intensité qui variait selon les divers groupes d'intérêt impliqués dans

la formation de cette politique.

 

La politique patronale de gestion de la main-d'oeuvre ne concernait pas seulement les ouvriers immigrés, mais aussi leur famille.                                                                                                          Le patronat réalisait que la reproduction de la main-d'oeuvre ne se faisait

pas seulement dans l'usine ou la mine, mais aussi à la maison et à

l'école.

 

L'Etat d'origine de l'émigration se préoccupait de ses citoyens à

l'étranger afin de maintenir, et aussi parmi les enfants de ses immigrés,

une loyauté envers la patrie, voir le régime politique. Les immigrés

mêmes ne sont pas uniquement les objets de cette politique. Leur

propre conception de leurs intérêts n'était en effet pas sans influence

sur l'élaboration de la politique scolaire.

 

Les autorités belges se trouvaient finalement contraints de formuler une politique de scolarisation dirigée vers les enfants d'immigrés. La manière par laquelle ils ont rempli cette tâche et les raisons de cette politique seront les objets étudiés dans cet article. L'étude de la scolarisation des enfants

d'immigrés pourrait dépassé le cadre d'une analyse en termes de

politique scolaire et d'évolution de l’infrastructure mise à leur

disposition.

 

On pourrait s'intéresser par exemple à l'attitude des

immigrés envers la notion d'enseignement, à la perception par les

enfants de l'éducation scolaire, aux résultats au niveau cognitif et

subjectif de cette éducation. ...

 

Ces thèmes sont délibérément évités,

parce qu'ils exigent une recherche plus approfondie qui dépasse le

cadre de cet article.

 

Cet article traite le cas polonais, mais certes les autres nationalités

ont aussi suscité une controverse au sujet de la modalité de la

scolarisation de leurs enfants.

 

Les Italiens ont eu des écoles à

Bruxelles, Liège, Charleroi, Genk et Gand et des classes à Seraing,

Braquegnies, Rebecq et Tubize, totalisant à la fin de l'entre-deux-

guerres près d'un millier d'inscrits.1

 

Les Tchèques avaient leurs propres écoles à Waterschei et Zwartberg. Les Slovaques n'avaient qu'une école, à Strépy-Bracquegnies.

Les Allemands avaient fondé des écoles à Bruxelles et Eysden.3

 

L'existence pendant l'entre-deux-guerres en Belgique de nombreuses

écoles primaires où l'enseignement ne se déroulait, ni en français,

ni en flamand, et où le programme d'enseignement n'était pas établi

à Bruxelles mais dans d'autres capitales européennes, est surprenant.

 

Ces réseaux scolaires ethniques proviennent-ils d'une appréciation

positive par la Belgique de la mosaïque humaine?

La Belgique appliquait-t-elle, cinquante ans en avance par rapport à certains pays d'immigration comme le Canada et l'Australie, déjà une politique

multi-culturelle?

 

Le présent travail ne prétend pas couvrir, par l'étude du seul cas polonais, celle des autres nationalités.

 

Chacune de ces nationalités avait des traits spécifiques qui influençaient fortement le sort réservé au traitement des enfants de ses ressortissants en Belgique.

 

La sous-répresentation des sources belges dans cet étude du cas

polonais pourrait favoriser la version polonaise de l'analyse.                        La nonexistence d'archives du Ministère de l'Education belge et le manque

d'information relatif au sujet étudié, dans les archives communales que

nous avons consultées pourrait engendrer une distorsion par rapport à la réalité.

 

1. A. Morelli, Fascisme et anti-fascisme dans l'émigration italienne en Belgique.

Thèse de doctorat non-publiée, ULB, p.175.

2. J. Sedléccek, Cechoslovaéi v Nizozemi, Belgii a Anglii, Praha, 1937, pp. 63-90.

3. Deutsch-Belgische Rundschau, IX, 1939, 6, p . l l .

 

 

 

I. L'IMMIGRATION POLONAISE EN BELGIQUE,

 

1922-1931.

 

L'immigration polonaise en Belgique était primordialement la conséquence de l'embauchage d'immigrés dans les mines.

 

Leur présence massive dans ce secteur était le résultat des campagnes organisées par la Fédération des Charbonnages afin d'attirer des ouvriers étrangers.

 

Ces campagnes devaient remédier au manque croissant de mineurs belges qui préféraient passer à des secteurs mieux 

rémunérés et moins malsains.

 

 

 

Une première vague de Polonais avait été recrutée dans la période 1923-1925. Il s'agissait de ce qu'on appellait les Westphaliens ou Polonais de la Ruhr.                              Dès 1880, la région de la Ruhr avait connu une  immigration croissante de main-d'oeuvre polonaise venant de Pozen (Poznan) et la Prusse-orientale, qui faisaient encore, à cette époque, partie de 

l'Empire allemand.

 

Après la première guerre mondiale, quand la Pologne devint à nouveau un Etat indépendant, la présence de ces 

Polonais dans la région de la Ruhr fut de plus en plus contestée. Par ailleurs la réorganisation de l'industrie des mines dans la Ruhr dans la première moitié des années vingt avait frappé en premier lieu les Polonais.

 

 

 

Le nombre des mineurs polonais en Belgique se mit à augmenter considérablement: alors qu'en septembre 1922 seulement 198 Polonais travaillaient dans les mines belges, en août 1923 il y en avait 2000 s'y trouvaient, puis en novembre 1923, 2.709 et en février 1926, 4.398.

 

Ces "Westphaliens", dont un tiers étaient embauchés dans le nouveau bassin de Limbourg, avaient eux, émigré d'un coup avec leurs femmes et leurs enfants.

 

 

 

Leur vie sociale se déroulait surtout dans un ghetto polonais.                                                                                                      Ces Polonais avaient construit, avant la première guerre mondiale dans le bassin du Ruhr une vraie subculture, et ils avaient formé là une communauté assez cohérente, cultivée et possédant des organisations nationalistes et catholiques bien développées. Ils construisirent en Belgique en quelques années un réseau étendu d'organisations.

 

Dès 1923 ils fondaient une organisation centrale qui coordonnait les activités de plusieurs organisations socio-culturelles, religieuses et d'entraide:ZPB Zwiazek Polakow w Belgii.

 

 

 

Un deuxième groupe de Polonais fut recruté (dans la deuxième moitié des années vingt, mais surtout en 1929 et en 1930) directement en Pologne.

 

 Le 15 novembre 1927, 5.958 ouvriers polonais travaillaient

dans les charbonnages belges, 3 années plus tard leur nombre avait doublé (11.993 en septembre 1930).

 

Leur arrivée créa des tensions profondes dans la vie communautaire organisée par les Westphaliens. Les différences entre les Polonais de la Ruhr et ceux qui à partir de 1927 avaient été recrutés directement en Pologne étaient multiples.

Chez les Polonais de la Ruhr, la langue était bien plus influencée par rAllemand, leur niveau d'éducation était plus haut, cela valait aussi pour leur qualification professionnelle et en conséquence leurs salaires également étaient plus élevés.

Enfin il existait chez eux une tradition industrielle et urbaine. Tout cela fait que le niveau de vie, mais aussi la vie de tous les jours des Westphaliens n'était guère influencée par rémigration en Belgique, cela à la nette

différence des immigrés qui venaient directement de la Pologne.

 

 

II. L'ORIGINE DE L'ENSEIGNEMENT POLONAIS

 

Les premières tentatives d'organiser un enseignement polonais  

furent à l'initiative des Polonais de la Ruhr.

En 1925, dans les colonies polonaises de Hautrage et Winterslag, des ouvriers donnèrent, après les heures scolaires obligatoires dans les écoles belges, des cours polonais.4

 

 L'espoir que la fondation de l'Etat polonais en 1918 réveillait, certes parmi les Polonais de la Ruhr faisait qu'ils étaient convaincu que cet état, pour lequel ils avaient lutté, prendrait leurs besoins, malgré leur éloignement du pays, comme le sien.

 

En effet, plusieurs communautés polonaises en Belgique firent pression auprès du gouvernement polonais afin qu'il mette à la disposition des parents une infrastructure où les enfants puissent apprendre ou perfectionner leur langue maternelle.5                Ces appels aboutirent à des démarches de la part du consulat polonais.

 

Déjà en 1923 l'ambassade avait fondé un comité qui s'occupait des immigrés  

polonais, entre autre de cette question scolaire. Les résultats de l'activité de ce comité, composé exclusivement de fonctionnaires consulaires furent minimes. L'élargissement en 1926 de ce comité

 

"Komitet Opieki Kulturalno-Spolecznej dla Wychodztwa Polskiego w

 

Belgii"

entraînait qu'il soit considérablement plus actif, car :

il rassemblait désormais des polonais de tous bords.

 

 

La Mission catholique polonaise y était présente, à côté des jeunes polonais qui faisaient leurs études en Belgique, des responsables de l'ambassade, ainsi que des commerçants et des industriels.

 

Le but de ce comité était de soutenir et de protéger les ouvriers immigrés polonais en Belgique. Le comité se fixa deux buts précis:

 

1 l'organisation et le soutien de l'éducation scolaire et extrascolaire dans l'esprit national polonais.

 

2 L'aide matérielle et la protection sociale en général.

 

La structure interne du comité indiquait déjà qu'on accordait une priorité nette au volet éducatif. Le secrétariat était constitué de trois sections:

 

soins scolaires, soins extra-scolaires et pour finir, soutien social.

 

Le comité commença ses activités dans un vide total. Aucune infrastructure scolaire n'existait pour les immigrés. Les enfants des immigrés de tous azimuts (polonais, nord-africains, italiens...) tombaient sous le coup de la loi de la scolarisation obligatoire, ils devaient donc entrer dans les écoles, soit françaises, soit flamandes.

 

L'Ambassadeur de Pologne prit contact en mai 1926 avec le ministre des Sciences et des Arts de l'époque, le socialiste flamand C.Huysmans, afin de connaître la position belge vis à vis de la fondation des écoles polonaises sur le territoire belge. L'attitude positive des autorités belges se traduisit en août 1926 par un accord qui donnait aux Polonais une quasi totale liberté d'action dans des établissements tout à fait indépendants des réseaux scolaires belges.

 

L'accord stipulait ceci:

 

1. Le ministère d'Education à Bruxelles prend connaissance de la création d'écoles où l'éducation se fait en langue polonaise. Ces écoles seront subventionnées par le comité d'aide socio-culturel des immigrés polonais.

 

2. Le Ministère d'Education à Bruxelles accorde la liberté intégrale au comité pour l'élaboration des statuts internes d'organisation et de programme.

 

3. Le Ministère exige seulement que le nombre d'heures scolaires corresponde au nombre d'heures scolaires prévues dans les écoles belges.

 

4. L'obligation scolaire vaut également pour les écoliers des écoles polonaises et si les parents négligent cette obligation, les enseignants ont le droit, par l'intermédiaire des autorités belges compétentes de les faire suivre

 

5. Apprendre les langues françaises ou flamandes est à la guise des écoles.

 

Le Ministre Huysmans s'est expliqué sur cette décision de reconnaître les écoles polonaises de la façon suivante:

 

"Comment pourriez-vous faire autrement? Vous avez devant vous des  

élèves qui ne comprennent que le polonais. Il faut leur parler une langue  

qu'ils connaissent et, progressivement, il faut faire en sorte que ces élèves,  

ces futurs ouvriers de charbonnages, restent ici, s'adaptent à la culture du  

milieu et deviennent de bons Belges."

 

 

Huysmans insista sur le caractère temporaire de ces écoles, qu'il appelait "les classes de transmutation". Les écoles auraient dû permettre, une transmutation et adaption progressive au milieu belge.

 

Toutefois, le règlement juridique des écoles polonaises en Belgique n'était en fait qu'un premier pas pour la création d'un réseau scolaire polonais tendant plutôt à consolider "la polonité" qu'à la transmuter.

 

Le comité d'aide sociale et culturelle aux émigrés polonais s'occupait du règlement interne et du programme des études. En principe, le programme de l'école primaire polonaise est adopté en y ajoutant l'enseignement de l'histoire et de la géographie belges.

 

L'enseignement des langues belges, que ce soit le flamand ou le français, se trouvait aussi ajouté au programme scolaire polonais.

 

L'adoption du système d'enseignement primaire de la Pologne, qui ne comportait que 4 années, faisait que les enfants polonais devaient s'intégrer à l'âge de 10 ans dans les écoles primaires belges, où ils suivaient des cours pendant encore deux années de plus.

En accord avec les lois belges sur les écoles privées, les écoles polonaises se trouvaient sous la tutelle du comité d'aide social et culturel aux émigrés polonais.

6.Ce texte était présenté dans cette revue dépendante du Ministère polonaise des

 

Affaires Etrangers comme la version officiële de l'accord. Polacy zagranicza, 1933,11/12, p. 21.

 

7. Les annales parlementaires, chambre, séance du 25.2.1930, p. 701

 

Le comité avait nommé un inspecteur dont la tâche était de visiter régulièrement les écoles polonaises et d'organiser desconférences pour les enseignants afin de faire respecter le programme

 

scolaire et ses buts éducatifs. Le comité avait en outre pris contact

 

avec les autorités compétentes à Varsovie et avec les organisations

 

sociales en Pologne afin d'obtenir des manuels scolaires et des livres

 

pour les bibliothèques qu'il espérait ouvrir dans chaque école.

 

Les écoles s'affirmaient comme catholiques, la participation des

 

écoliers à la messe le dimanche, le jeudi et lors des jours fériés était

 

prévue. Ils devaient aussi aller se confesser au minimum une fois par

 

trimestre. L'enseignant pouvait libérer les écoliers de cette obligation

 

sur présentation d'une requête écrite de la part des parents.

 

 

(à suivre dès demain )

12:57 Écrit par LES POLONAIS DU CENTRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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