26/06/2014

str 562-PAN JAN SMOLAG et sa tombe à COMBLAIN LA TOUR

 

smolag jan.jpg

collection TEREFENKO MARYAN (Chapelle-lez-herlaimont dans la région du Centre Belgique)

 

http://lespolonaisducentre.skynetblogs.be/archive/2008/07...

 

lettre au bourgmestre de HAMOIR

 

DZIEWIACIEN Jean-Pierre                                                                       Gottignies, le 24/06/2014

Rue du Vent Val, 70

7070 GOTTIGNIES

G.S.M.       : 0498/71.00.91

 

 

 

 

 

Administration Communale de HAMOIR

Monsieur le Bourgmestre

Route de Tohogne, 14

4180  HAMOIR

 

Monsieur le Bourgmestre,

Madame, Messieurs les Echevins,

Mesdames, Messieurs les Conseillers Communaux,

 

 

 

 

Mon épouse et moi-même venons de passer un excellent week-end dans votre commune ; plus précisément à « l’Hostellerie de la Poste » à Hamoir. Une seule ombre est venue assombrir notre séjour.

 

En effet, comme nous le faisons régulièrement, nous nous sommes rendus au cimetière de Comblain-la-tour pour nous recueillir sur la tombe de Monsieur Jan SMOLAG. A notre grande stupéfaction, un écriteau était planté au pied de la tombe pour signifier aux visiteurs que cette tombe était considérée par l’Administration Communale comme étant « abandonnée ».

 

Après un moment de stupeur – et de révolte – j’ai décidé de vous écrire, dès mon retour, pour vous exprimer notre surprise et notre indignation. L’idée de voir disparaître la tombe de Monsieur SMOLAG ne m’a plus quittée tout le long de notre séjour.

Aujourd’hui, après de longues réflexions sur le sujet, il m’apparait essentiel de vous informer – ou de vous rappeler – quelle fut la personnalité - et le parcours - de Mr SMOLAG.

Votre administré n’était pas un personnage ordinaire ; loin s’en faut. Né en Pologne, en 1912, il a été victime, comme des centaines de milliers d’autres, de la guerre, de la déportation, des atrocités des nazis et de l’exil. C’est donc une histoire déjà lourde qui l’a amenée en Belgique et plus précisément dans le Borinage.

Comme tous les autres émigrés polonais, il est devenu mineur au charbonnage. Aucun d’eux n’avait choisi cette carrière, mais c’était la condition sine qua non pour enfin quitter l’Allemagne, où il était prisonnier, et avoir une chance de survivre. Comme tous ses congénères, il était logé dans des habitations de « fortunes » construites à la hâte sur les terres poussiéreuses des terrils. 

 

Si vous avez envie de connaître les conditions de vie ( de survie ) des émigrés de l’époque, je vous engage à visionner l’excellent film de Paul MEYER : « Déjà s’envole la fleur maigre », tourné fin des années 1950 dans le Borinage. Ce chef d’œuvre cinématographique est considéré par les connaisseurs comme un des plus beaux films du XX siècle. 

 

Je ne vous parle pas de ce film par hasard. En effet, Monsieur Jan SMOLAG a participé à ce tournage. La trame de cette histoire se résume à décrire une journée de la vie des émigrants italiens dans une colonie multiculturelle. Mais une scène importante est consacrée aux polonais. Leur convivialité et leur sens de la fête témoignent de leur capacité à se redresser malgré l’adversité.

 

Mr Jan SMOLAG joue le rôle du joyeux luron qui « arrose » ses compagnons dans la plus belle tradition de l’hospitalité polonaise. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce grand gaillard a retenu l’attention du réalisateur.

 

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Ce film, si important soit-il, n’a été qu’un intermède dans la vie de Jan, évidemment. Son ordinaire, c’était plutôt le charbonnage, descendre « au fond », jour après jour, et la cantine que ses compagnons finissaient par quitter pour fonder des foyers. Lui n’a pas eu cette chance. Il n’a pas rencontré l’amour et n’a pas trouvé sa place.

Aussi, dés le début des années 60, quand les charbonnages se sont mis à fermer, les uns après les autres, et les cantines aussi, il s’est retrouvé bien seul et sans avenir.

 

Heureusement pour lui, c’est précisément à cette époque que la Communauté polonaise – qui commençait à s’organiser – s’est mis en quête de trouver un endroit où elle pouvait espérer offrir un petit paradis à ses enfants.

 

Nous étions alors tous parqués dans des corons et des cités bâties aux abords des mines. Aucun d’entre nous n’avait les moyens de voyager ou de partir en vacances. Nos seules montagnes étaient des terrils, nos seules plages étaient des flaques d’eau sale.

 

C’est dans ce contexte qu’une poignée de courageux s’est mis en tête d’organier des vacances aux enfants des mineurs. C’est ainsi que le site de Comblain-la-Tour a été déniché et que le rêve est devenu réalité.

 

 

Tout naturellement, Monsieur SMOLAG a été sollicité pour devenir le premier concierge du lieu. Le fait d’être toujours célibataire - et prêt à relever tous les défis – lui a sans doute permis de vivre ce nouvel exil plus facilement. S’il a laissé dans le Borinage tous ses amis, il en a gagné des milliers d’autres à Comblain.

 

Pour nous, les enfants de mineurs polonais, nés dans les années 50, 60 et 70, la maison polonaise de Comblain-la-Tour est très vite devenue le paradis. Pour la plupart d’entre-nous, nous n’avons jamais connu d’autres vacances que celles-là. Nous n’en n’aurions pas voulu d’autres. Comblain, c’était la récompense … le saint Graal. Nous attendions toute l’année le bonheur de se retrouver dans le parc et de retrouver les autres enfants des autres régions.

 

 

Personnellement, j’habitais - le Borinage. Mais c’est toute la Communauté Polonaise qui se retrouvait réunie là. Il y a avait des gosses des régions de Liège, de Charleroi, de Mons, du Limbourg, … Il faut dire que partout où il y avait des charbonnages, il y avait des polonais pour y travailler … et des enfants.

 

 

Monsieur Jan SMOLAG est très vite devenu l’indispensable. C’est son sourire qui nous accueillait, qui nous souhaitait la bienvenue « chez nous ». On l’enviait d’être « toujours en vacance » ; on lui était reconnaissant d’entretenir « notre » paradis ; on lui vouait un respect inconditionnel. C’est ainsi que « Pan Jan » ( = « Monsieur Jean » en polonais ) est devenu une icône. C’était le gardien du temple.

 

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à Comblain vers 1976 (collection J L Dupont Houdeng Aimeries( région du Centre en Belgique)

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dans "le parc de Comblain Millennium en 1963, pour le débroussaillage du domaine acheté par les Polonais, avant les colonies pour les enfants des Polonais des bassins miniers.C'est léquipe des volontaires du Borinage avec au milieu en costume le DR.Wilczek (botaniste célèbre au jardin de Meise) et tout à auche en bas Léon CZAK (de Chapelle-lez-Herlaimont dans la région du Centre" )qui a longtemps, avec POMORSKI ,voyagé,recherché "quelque chose à acheter" pour organiser les colonies des enfants des mineurs.

Entre 1960 et 1980, des milliers d’enfants, venus des quatre coins de la Belgique, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, de Pologne et d’ailleurs, se sont mélangés dans un esprit de communion et de fraternité.

 

Pour ceux qui venaient de l’étranger, Comblain-la-Tour c’était la seule chose qu’ils connaissaient de la Belgique … peut-être la seule chose qu’ils retiendront de leurs vacances d’adolescent et Pan Jan, c’était … l’ambassadeur.

 

Des milliers de cartes postales ont été envoyées à travers l’Europe qui représentaient la maison polonaise avec en avant plan Pan Jan. Il était devenu indissociable du reste : Comblain / la maison / le parc / l’Ourthe / le rocher de la vierge / et … Pan Jan.

 

Ceci explique que tant d’années après sa mort, il est toujours présent dans nos souvenirs et dans nos cœurs. Pan Jan n’a pas eu d’enfants, de descendants, d’héritiers, mais nous sommes des milliers à revendiquer une certaine filiation … celle du cœur.

 

C’est justement parce qu’il n’a pas de successeur, de personne qui puisse veiller sur sa mémoire,  qu’il est important de ne pas l’oublier. Ce n’est pas seulement Pan Jan qui est enterré derrière l’église de Comblain, c’est aussi une partie de notre âme polonaise et une partie de notre âme d’adolescent qui repose près de lui.

 

Je comprends bien que l’Administration Communale veuille respecter des règles et des conventions, mais la Communauté polonaise ne comprendrait pas qu’on s’attaque à ses symboles. C’est comme si on s’en prenait à la tombe du soldat inconnu parce que personne n’a pu le reconnaître … Les règles, c’est une chose, mais l’Humanité n’est jamais aussi grande que quand elle fait preuve d’humanité.

 

 

 

 

 

 

A l’heure où on commémore le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, il conviendrait de ne pas oublier la contribution polonaise à la victoire finale. Et que dire du sacrifice des milliers de jeunes polonais qui sont venus travailler dans le fond des charbonnages, là où d’autres ne voulaient plus descendre. C’est grâce à leur sueur, à leur courage et parfois à leur sang que la Belgique a pu se redresser. Ce n’est pas par hasard que l’effigie des mineurs était gravée sur toutes les pièces de monnaie.

 

Ne verser une larme qu’une fois tous les 6 juin, et faire comme si de rien n’était entretemps, serait de l’hypocrisie.

 

 

Monsieur le Bourgmestre, Madame, Messieurs les Echevins, Mesdames, Messieurs les Conseillers Communaux, j’ai conscience d’avoir été un peu long. Je vous prie de me pardonner. Je souhaitais simplement vous sensibiliser et éviter l’irréparable. Supprimer la tombe de Monsieur SMOLAG équivaudrait à blesser profondément un nombre très important de personnes qui continuent à considérer Comblain-la-Tour comme un second chez soi.

 

Dans l’urgence, je me fais le porte-parole de tous les amis de Pan jan et vous supplie de surseoir à votre décision. Laissez-le reposer en paix. Laissez-nous encore la possibilité de nous recueillir sur sa tombe.

 

J’espère avoir réussi à éveiller votre intérêt pour notre cause et vous prie d’accepter, Monsieur le Bourgmestre, Madame, Messieurs les Echevins, Mesdames, Messieurs les Conseillers Communaux, mes salutations les plus respectueuses.

 

 

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Quelques réactions depuis la découverte de la situation 

 

Moi drodzy, Frania Załobek mnie zawiadomiła że koncesja grobu Pana Jana Smolaka, były dozorca Domu w Comblain la Tour, sie konczy. My, tu byliśmy jego jedyną rodziną. On nam poświęcił ostatnie lata życia utrzymując w stanie park i dom. Myślę że możemy razem mu podziękować za jego prace w tym domu, przedłużajac tą koncesje. Kto wchodzi w składkę?

 

Jurek Kieltyka

 

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Bonjour , nous avons vu Mr Ladomorski et nous avons soulevé le problème.Met toi en rapport avec lui car il a dit qu'il allait s'en occuper.Je n'ai pas eu de nouvelles de sa part.

 

 

 

François Chwoszcz Wochen
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Bonjour,

 

Voici les dernières nouvelles à propos du problème de la tombe de Pan Jan.

 

J’ai eu, ce jeudi, une conversation téléphonique avec le Bourgmestre de Hamoir, Monsieur Patrick LECERF.

 

Il a bien reçu le courrier et m’a promis une réponse écrite pour le mois d’août ; il partait en congé hier – vendredi – et sa secrétaire était déjà un congé depuis quelques jours. Ce qui explique le retard dans sa réponse.

 

Il est maintenant conscient du problème, mais il ne voit pas comment il pourrait déroger aux règles qui s’appliquent à tout un chacun. Pour chaque tombe, il a besoin d’un interlocuteur.

 

La commune a besoin de savoir si la personne enterrée a – ou non – quelqu’un qui « répond ».

Comme dit le Bourgmestre : « l’idéal serait que l’association polonaise se porte garante des tombes de ses membres enterrés à Comblain ». Il a raison.

 

Il m’a précisé qu’il n’y avait pas péril en la demeure. D’une part, le délai est encore confortable et d’autre part, ils savent maintenant, ce que cette tombe représente et qu’avant de la supprimer, il conviendrait que prendre des mesures et d’avertir plus précisément les personnes « sensibles » au problème.

 

Je suis entièrement d’accord avec Hélène Wochen quand elle dit : « que le Comité de la Macierz Szkolna doit s'occuper de régler ce problème. C'est d'ailleurs à ce même Comité qu'incombe prioritairement le devoir de préserver la mémoire de ceux grâce auxquels il bénéficie désormais d'un patrimoine durement acquis par les anciennes générations des polonais libres de Belgique !».

 

Ce qui me préoccupe, c’est que les personnes qui gèrent désormais ce comité ne sont pas celles qui ont connus les débuts du combat, les difficultés, les obstacles, les émotions et les joies de ces heures glorieuses.

 

C’est à nous – qui les avons vécues – qu’incombe de les sensibiliser. Je dirais même de faire pression pour qu’ils n’oublient pas leurs devoirs.

 

Je sais qu’Hélène a déjà discuté du problème avec quelqu’un qui est proche du comité de la Macierz Szkolna ; a-t-on une idée de leur position sur le sujet ? Comment peut-on les pousser à réagir rapidement ?

 

Dans pareille affaire, je suis partisan du harcèlement.

 

Pan Jan est décédé le 16/09/1981, ne pourrait-on pas se réunir autour de sa tombe … soit le week-end avant ou le week-end après ?

 

Je pense que poster sur internet et sur les réseaux sociaux des photos ( même si nous ne sommes pas nombreux ) serait une manière de créer un mouvement ?

 

Pan Jan mérite bien que l’on fasse quelques kilomètres pour lui rendre hommage.

 

Qu’en pensez-vous ?

 

J’ai besoin de connaître votre opinion. Merci d’avance.

 

Jean-Pierre DZIEWIACIEN

0498/71.00.91

 

 

 

 

 

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Je viens de lire vos commentaires en ce qui concerne la tombe de Jan à Comblain.Je vous propose de ne pas réagir trop tôt on attend la réponse à la lettre de Jean-Pierre envoyée au bourgmestre de Hamoir.Suite à cela on verra quelle piste on prendra.
 
Zdzislaw Didier Blaszka
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DZIEWIACIEN Jean Pierre

 
 
 
 
 
 

Bonjour,

 

Voici les dernières nouvelles à propos du problème de la tombe de Pan Jan.

 

J’ai eu, ce jeudi, une conversation téléphonique avec le Bourgmestre de Hamoir, Monsieur Patrick LECERF.

 

Il a bien reçu le courrier et m’a promis une réponse écrite pour le mois d’août ; il partait en congé hier – vendredi – et sa secrétaire était déjà un congé depuis quelques jours. Ce qui explique le retard dans sa réponse.

 

Il est maintenant conscient du problème, mais il ne voit pas comment il pourrait déroger aux règles qui s’appliquent à tout un chacun. Pour chaque tombe, il a besoin d’un interlocuteur.

 

La commune a besoin de savoir si la personne enterrée a – ou non – quelqu’un qui « répond ».

Comme dit le Bourgmestre : « l’idéal serait que l’association polonaise se porte garante des tombes de ses membres enterrés à Comblain ». Il a raison.

 

Il m’a précisé qu’il n’y avait pas péril en la demeure. D’une part, le délai est encore confortable et d’autre part, ils savent maintenant, ce que cette tombe représente et qu’avant de la supprimer, il conviendrait que prendre des mesures et d’avertir plus précisément les personnes « sensibles » au problème.

 

Je suis entièrement d’accord avec Hélène Wochen quand elle dit : « que le Comité de la Macierz Szkolna doit s'occuper de régler ce problème. C'est d'ailleurs à ce même Comité qu'incombe prioritairement le devoir de préserver la mémoire de ceux grâce auxquels il bénéficie désormais d'un patrimoine durement acquis par les anciennes générations des polonais libres de Belgique !».

 

Ce qui me préoccupe, c’est que les personnes qui gèrent désormais ce comité ne sont pas celles qui ont connus les débuts du combat, les difficultés, les obstacles, les émotions et les joies de ces heures glorieuses.

 

C’est à nous – qui les avons vécues – qu’incombe de les sensibiliser. Je dirais même de faire pression pour qu’ils n’oublient pas leurs devoirs.

 

Je sais qu’Hélène a déjà discuté du problème avec quelqu’un qui est proche du comité de la Macierz Szkolna ; a-t-on une idée de leur position sur le sujet ? Comment peut-on les pousser à réagir rapidement ?

 

Dans pareille affaire, je suis partisan du harcèlement.

 

Pan Jan est décédé le 16/09/1981, ne pourrait-on pas se réunir autour de sa tombe … soit le week-end avant ou le week-end après ?

 

Je pense que poster sur internet et sur les réseaux sociaux des photos ( même si nous ne sommes pas nombreux ) serait une manière de créer un mouvement ?

 

Pan Jan mérite bien que l’on fasse quelques kilomètres pour lui rendre hommage.

 

Qu’en pensez-vous ?

 

J’ai besoin de connaître votre opinion. Merci d’avance.

 

Jean-Pierre DZIEWIACIEN

0498/71.00.91

19/7/2014

 

12:01 Écrit par LES POLONAIS DU CENTRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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