10/04/2014

str 555 histoire des Polonais de Belgique p 33 par JP Dziewiacien

 à l'école polonaise

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Photo Dz_KSMP_033

 

 

La première fois que je l’ai rencontrée, elle était debout avec son chien : « Ala stoi i As stoi ».

 

Dès le début, elle m’a paru très sympathique. Nous avions à peu près le même âge … et les mêmes préoccupations. Nous étions à l’aube de nos existences. Ala aimait ses deux poupées Ola et Cela.

 

 

Elle avait deux frères aussi, Olek - « Olek ma kolej i klocki » - et Janek avec qui elle allait «  do sklepu ».

 

Parfois, ils mangeaient ensemble : « Ala je jajko i Olek je jajko – a co je kotek Olka ? ».

 

Ala avait aussi une petite sœur, Ola : « To jest malutka Ola. Mama ją myje na noc ale ona jest senna. Mama utuli  ją do snu - luli luli – moja malutka ».

 

C’était une famille formidable. Peu à peu, j’ai appris à les connaître. Ils avaient une vie ordinaire, comme nous. Ils allaient au cinéma, au parc et à l’école. Et quand Ala et Janek étaient enrhumés « Mama im smaruje noski ».

 

En automne, ils aimaient aller chez leur amie Agatka ; là, il y avait des kurki, un kogut, une krowa, une koza avec sa petite kózka et puis surtout le vieux Morusek qui surveillait la maison.

 

C’est avec eux que j’ai appris à lire en polonais ; comme tout le monde.

 

Ala et ses aventures ont bercé notre enfance. Chacun d’entre nous se souvient parfaitement de ce petit livre, en format de poche, qu’on a tous reçu dès nos premiers cours à l’école polonaise : Elementarz.

Mais qui se souvient encore du nom de l’auteur ?

et l’illustrateur ?

En fait, le livret avait été édité à Londres.

L’auteur en est un certain Marian Falski et l’illustrateur Wacław Borowski.

Ont-ils seulement imaginé en écrivant ce petit manuel, combien ils allaient marquer plusieurs générations de petits Polonais ?

 

 

 

Ce n’est pas seulement notre apprentissage de la langue polonaise qui trouve ici son origine, c’est le fondement de notre conscience collective. C’est ici, avec Ala, ses frères Olek et Janek, et tous les autres, que nous avons découvert notre appartenance à cette communauté.

 

 

 

Nul doute que c’est ici aussi, que se sont développées nos valeurs communes. Ala et les siens, nous ont montré une image rassurante d’un bonheur simple, paisible et respectueux. Ils nous ont donné le goût de perpétuer nos traditions et une certaine nostalgie d’un petit paradis perdu.

 

 

 

Ce n’est pas par hasard si Elementarz se termine par « Jaka wielka jest Warszawa ! ».

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un rien d'histoire sur les écoles polonaises

 

 avant la 2e guerre mondiale

Les bassins miniers sont peuplés d'une main d'oeuvre polonaise très nombreuse ( tout comme aujourd'hui, aussi nombreuse que maintenant, pas plus avant ou moins maintenant, non) issue des immigrations programmées :

-dès 1911 de Westphalie

-de Pologne, dans les années 30 par des accords direct d'Etat à Etat entre la Belgique et la Pologne.

Ce qui implique l'autorisation de l'enseignement du polonais à cette Communauté Polonaise.L'enseignement est organisé et par les Catholiques et par les Patriotes.Il y a même des classes polonaises à l'école communale pendant la journée dans l'école belge, à côté des classes primaires belges avec un instituteur polonais venu de Pologne ; c'est le cas à Hautrage, à Péronnes lez Binche et dans le Limbourg. PL du Centre Carnières Wojewodzic Pyrgies.jpg

comité de l'école polonaise de Carnières fin 40 après guerre aux Trieux

 

 

Après la 2e guerre mondiale

 

La Belgique ne négocie plus rien avec la Pologne.Il y a cependant en Belgique  toute la Communauté Polonaise d'avant guerre avec la nationalité polonaise( jusqu'aujourd'hui pour beaucoup d'entre eux !)  pour laquelle plus aucun accord d'Etat à Etat n'est respecté et en plus on importe d'Allemagne, les nouveaux Polonais libérés des camps et  ramenés par FédéChar en Belgique, Polonais à qui on va vite retirer la nationalité polonaise et en faire des apatrides, pour toucher des sous de l'UNRRA, aide réservée aux personnes déplacées et qui ne leur arrivera jamais, des sans nationalité aussi  pour ne rien devoir expliquer à la Pologne (ce ne sont plus, ce ne sont pas des Polonais, c'est des riens du tout et nous, on en fait ce qu'on veut, nous les Belges).

 

Le Konsulat, l'Ambassade de Pologne va cependant organiser l'enseignement du Polonais en Belgique, des colonies en Pologne pour les enfants polonais de Belgique. Des milliers d'enfants iront ainsi en vacances en Pologne pendant des années.

Eux ce sont "les Patriotes" . Ce sont des méchants à qui il ne faut pas parler, des rouges, des communistes.Ils ne sont pas soumis à la Mission Catholique Polonaise (MPK) cependant bien organisée mais minoritaire encore comme aujourd'hui dans la masse de Polonais en Belgique, et donc ,il faut les rejeter les rouges.

Ce clivage persiste jusqu'aujourd'hui dans les mentalités figées de quelques uns encore, oui encore !!!

Dans l'immédiate après-guerre, les  Catholiques créent eux mêmes des écoles "libres" polonaises à Chapelle, à Ressaix, à Péronnes, à Bray, à Anderlues, à Maurage, à Saint Vaast puis Bois du Luc, partout autour des charbonnages.Du point de vue scolaire, les écoles "libres" créées sur fonds propres, n'ont pas de 1945 jusqu'au début des années 50, de relations entre elles bien que dépendantes souvent d'un même curé polonais qui évitera qu'elles se rencontrent et qu'elles se concertent.

L'école "libre" polonaise fonctionne sur fonds propres; elle est organisée par un Comité Polonais Catholique et les parents paient, une cotisation pour l'école qui servira à payer l'enseignant. C'est souvent une personne polonaise  qui enseigne,un instituteur polonais que l'on paie ou un membre du comité local qui très souvent est bénévole,ou un chef scout bénévole , et parfois donc pas partout, le curé polonais qui enseigne, si on le paie.

 

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à Péronnes Sainte Marguerite devant la "Swietlica" vers 1948 (collection Sophie ANGOWSKI)Numériser0040.jpg

 

C'était le cas à Saint Vaast, à la cure des curés polonais près de l'église de Saint Vaast ou ks WORYNA dès 52, puis bien vite ks WOJDA ont commencé l'enseignement du polonais aux enfants de Saint Vaast, Strépy, Maurage, Trivières et Bois du Luc.

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sortir d'école polonaise à la Cure des Curés Polonais de Saint Vaast, vers 1955, de g à d, caché André Bardo,Kozlowski Alexandre, Alicia Bardo, Me Jozwiak et ses deux fils,Me Kozlowski,Me Kondraszuk et Madame Bardo.

 

A partir des années 50, alors que les enfants nés pendant la guerre et après la guerre grandissent et gonflent la population des écoles "libres" catholiques, la MPK poussée dans le dos par un besoin de concertation des Comités qui se rencontrent lors des pèlerinages, dans les premières colonies de vacances pour leurs enfants catholiques organisées par les scouts polonais (Stefanski, Bardo,...à Nieuport, Bouillon,...) , par l'action d'Edward POMORSKI,

 

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le chef des Scouts Polonais de Belgique mais aussi avant la guerre inspecteur général de l'enseignement du polonais en Belgique, par la volonté aussi de ZPB Zwiazek Polakow w Belgii qui est une Union des organisations polonaises en Belgique, fondée depuis 1923 ,qui est une fédération des Comités Polonais Catholiques dans tout le bassin Minier et dans laquelle se retrouvent la majeure partie des personnalités polonaises actives dans des Comités locaux.

La MPK concède avec ...enthousiasme, des réunions et la création de PMSz, Polska Macierz Szkolna, l'Union des Ecoles Polonaises Libres qui créera un jour Comblain.

La  MPK assurera longtemps, très longtemps la tutelle sur les Ecoles "libres", sur les KSMP qui en découlent, et sur Comblain surtout avec l'objectif inavoué d'obtenir Comblain, mais, sans jamais y parvenir et donc  commencer à s'en désintéresser dès 2007 tout comme elle s'est désintéressée des scouts polonais dès les années 50, désintéressées localement des écoles de polonais et  désintéressée des KSMP dès la fin des années 70 parce qu'elle y perdait son autorité absolue.

Et donc en général, aujourd'hui, il n'y a plus d'école polonaise "libre" pour les enfants du primaire ni dans le Borinage, ni dans le Centre, ni dans le Pays de Charleroi, ni dans le Pays de Liège , ni dans le Limbourg qui sont historiquement l'origine de PMSz, des KSMP, de Comblain la Tour.Il reste Comblain la Tour où la vieille émigration polonaise ne va pas alors qu'elle y a sa place.

Il reste pourtant de toutes petites paroisses polonaises reconnues par l'Etat où le curé polonais est toujours  payé par la Belgique (Ministère de la Justice), avec quelques initiatives de courte durée d'école polonaises payantes, par moment, deci delà.

Maintenant, de nombreuses écoles polonaises, du primaire au secondaire, très populeuses ,certaines indépendantes, privées,d'autres reconnues par l'Etat polonais à Bruxelles , à Anvers et au Shape à Maisières rassemblent beaucoup d'enfants de Nouveaux Polonais mais la descendance extrèmement nombreuse, des anciennes émigrations est complètement oubliée.

KOZLOWSKI ALEXANDRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11:33 Écrit par LES POLONAIS DU CENTRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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