25/02/2013

p 495 Catherine ORUBA et Jean-Paul II ( mai 1985)

HISTOIRE DES POLONAIS DE BELGIQUE

Mai 1985 Une étudiante de la région du Centre, d'origine polonaise , s'adresse au pape Jean-Paul II

 

 

Le 21 Mai 1985, c'est à Véronique Oruba (de St-Vaast), la   fille aînée de Tadek Oruba ,qu'est revenu l'honneur de s'adresser au Pape Jean-Paul II lors de sa visite à Louvain-La-Neuve.

Véronique alors étudiante en sociologie à Louvain-La-Neuve, est Présidente de l'Assemblée Générale des Etudiants de Louvain et c'est à ce titre qu'il lui est revenu de s'adresser au Pape Polonais.
 
Actuellement Véronique, maman de 3 enfants est Secrétaire Générale du Moc (mouvement ouvrier chrétien)
 
 

Une jeune Wallonne face au Pape en mai 1985

José Fontaine
9 avril 2005

En mai 1985, la jeune étudiante en sociologie Véronique Oruba, à Louvain-la-Neuve, s'adressait au Pape Jean-Paul II pour lui dire la difficulté d'être ici, la difficulté « d'être jeune, Wallon, et, pour moi, être femme [...] surtout dans une Wallonie frappée particulièrement par la crise, parent économiquement pauvre de la Belgique. » Elle prenait la parole comme présidente des étudiants.

J’avoue bien humblement que ce discours m’avait estomaqué. Je n’attendais aucun anticonformisme lors de la venue du pape en « Belgique » et soudain cette jeune femme se dressait face à lui, lui reprochant tout à la fois ses positions en matière de morale sexuelle et sa condamnation de la théologie de la libération.

Mon sentiment fut alors que l’Église de Vatican II n’était pas morte, que la jeunesse reprenait son rôle qui est de ne pas avoir froid, comme disait Bernanos: « pour que le monde entier ne claque pas des dents ». Il y avait aussi dans cette confrontation entre une femme et un Pape malgré tout, moderne, direct, franc à certains égards, la confrontation symbolique et belle de deux corps, c’est une chose qui m’avait aussi bouleversé.

Tant le message religieux et démocrate de cette jeune femme que son message wallon m’émurent. J’essayai de l’écrire partout, tellement j’étais enthousiaste. Il me semblait en effet que la Wallonie avait montré son vrai visage d’une Wallonie chrétienne ayant rompu avec les peurs et les restrictions religieuses d’autrefois. Il me semblait que cette femme avait à la fois affirmé la Wallonie, la démocratie, la jeunesse de l’Évangile et la juste revendication des femmes.

Ce qui était assez étonnant, c’est que Véronique Oruba avait tenu le coup contre les huées de l’Opus Dei lui rétorquant d’ailleurs « Merci l’Opus Dei » avec un cran extraordinaire. Le Pape l’avait embrassée. Peut-être en voyant ce cran. Cet homme n’était pas entièrement mauvais.

Cela m’a frappé récemment qu’on ait dit de ce discours que les autorités l’avaient interrompu, alors qu’il n’en fut rien. Cette jeune femme alla jusqu’au bout. Cela m’a frappé parce que l’on a dit aussi que je n’avais pu aller jusqu’au bout de mon appel à la République à Namur en 99 alors que je suis bien allé, moi aussi, jusqu’au bout. La mémoire conservatrice est si forte qu’elle ne résiste pas à la tentation de fantasmer sur l’ordre rétabli.

Le père de Véronique Oruba, un solide Polonais et syndicaliste, trouvait que ce discours était le dernier cri de mai 68. Il me semblait plutôt émaner d’une Wallonie moderne, sachant ce qu’elle veut, déterminée à défendre ses valeurs.

Ce qui est vrai c’est que le recteur (prêtre) de l’Université de Louvain-la-neuve exclut pour un an la contestatrice, donnant ici la mesure de sa mesquinerie. Ce qui est vrai aussi, c’est que l’Église en Wallonie crispa sur son conservatisme, du moins en général.

Et ce qui est vrai, c’est que je rappelle ce discours courageux sans pouvoir dire qu’il a été fondateur de quoi que ce soit.

Mais au moment où l’on enterre le pape dans une certaine pompe et un certain conformisme, j’aime bien me rappeler cette jeune femme si belle face au soleil, incarnant la révolte féconde de toutes les femmes qui tinrent tête à l’Église, à commencer peut-être par Marie, Catherine de Sienne, Jeanne d’Arc! Jeanne, surtout! tenant tête aux crapules de l’Inquisition! Pour moi, l’Église, c’est cela. Et à cette époque, je terminais mes réflexions sur cette confrontation exemplaire par les mots : Magnificat anima mea Dominum. “Mon âme exalte le Seigneur/Car il dépose les puissants de leurs trônes.” Quel programme !

Il me semble que le mouvement wallon comme le mouvement souverainiste québécois aiment se référer à de tels faits car au-delà de leurs nationalismes, ce sont des mouvements, au fond, profondément épris de démocratie et que c’est même peut-être ces aspirations démocratiques qui les définissent le mieux. On ne peut aimer la souveraineté du peuple qu’en aimant le pays dont ce peuple est le peuple. En tant que chrétien, à la mort du pape, il me semblait que je devais surtout parler de ceci. L’abbé Gabriel Ringlet, qui devait devenir le vice-recteur de l’Université de Louvain (et qui y joue un rôle progressiste, malgré tout), me dit que j’étais tombé amoureux de Véronique Oruba, pour se moquer de mon enthousiasme. Mais il avait raison, j’en suis toujours aussi amoureux. Et j’en suis très fier.

José Fontaine
jose.fontaine@skynet.be

 

 

 

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Photo 1 : en 1979 à l' aéroport lors d'un voyage à Rome, Véronique est à gauche avec son frère Stephane à côté de Fréderic et Christian Wala.
Véronique  ne pensait certainement pas ce jour-là qu'une telle mission lui serait confiée six ans plus tard en 1985...
 

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Photo 2 : mai 1985 à Louvain-La-Neuve, Véronique s'adressant au pape Jean-Paul II

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