12/04/2008

avril 1945: le recours aux mineurs étrangers

 ...extrait des pages manquantes de nos livres sur l'histoire de Belgique...

LES POLONAIS non pas venus d'Allemagne mais LES POLONAIS que l'on a été chercher en Allemagne NE SONT PAS DES REFUGIES

Au sortie de la guerre,les Belges refusent de travailler à la mine alors que le taux de chômage est élévé.Les conseillers du premier ministre et ministre du charbon,le socialiste Achille Van Acker défendent le point de vue des patrons charbonniers et parlent pudiquement de pénurie de main d'oeuvre de fond.Ils ne mentionnent pas dans leurs rapports les raisons de cette désaffection:les conditions de travail dans des mines vieillies et dangereuses,les salaires trop bas.

Le manque de combustible empêche l'industrie de tourner pour la reconstruction du pays à peine libéré aussi le gouvernement élabore "le statut du mineur" dès février 1945:l'exemption du service militaire,une prime de fond,des congés annuels supplémentaires,des billets de chemin de fer gratuits,une pension complémentaire précoce,des prêts à faible taux pour acheter une maison mais il complète en ajoutant que s'il faut,il y aura lieu de recourir à la conscription et impose la mobilisation civile le 10 septembre 1944 à l'adresse des ex-mineurs qui ne veulent quand même pas descendre jusqu'à les exclure du chômage et les condamner de 8 jours à 1 an  de prison et une amende de 26 à 100.000frs.

Les mineurs étrangers recrutés,déjà oui et non arrivés seuls par envie, entre les deux guerres,des Algériens dès 1929 , des Français , des Italiens déjà,près de 30.000 , des Polonais qui seront autour de 50.000 (dont certains recrutés dès 1911 à Mariemont et partout dès 1922) ne sont pas concernés par ces mesures.Engagés avant la guerre et restés au charbon pendant la guerre,ils doivent continuer aux conditions d'engagement.

Malgré son discours à l'INR , la menace des pires châtiments,des films de propagande,l'orientation des 4e degrés des écoles primaires vers la travail à la mine....le retour spontané des Belges au charbonnage ne se fait pas et comme les 60.000 prisonniers allemands (libérés en 1948) cette fois,les prisonniers hongrois et les inciviques condamnés au travail de fond ne sont pas l'avenir de l'extraction du charbon,en avril 1945,avec l'appui du gouvernement Van Acker,le patronat charbonnier dévalorise les salaires,les conditions de travail et se lance dans le recrutement massif de la main d'oeuvre étrangère qui devra accepter ces conditions diminuées favorisant le prix du charbon belge face au marché (mais surtout les bénéfices des Sociétés d'exploitation car dans l'hypothèse des charbonnages belges fermés dès 45,l'achat de charbon étranger moins cher aurait permis tout autant la reprise économique et donc la bataille du charbon a été menée au profit des patrons charbonniers et aussi,c'est vrai pour favoriser le plein emploi pour les Belges mais ceux-ci ne voulaient pas de travail à la mine). Les possibilités de chercher des étrangers ne sont alors pas nombreuses.Chaque pays industriel est face aux mêmes problèmes et les regards intéressés se tournent alors vers l'Allemagne encore occupée mais pas pour trop longtemps.Il faudra attendre un long mois encore car les esclaves valides,capables dès demain d'abattre le charbon (pas ceux des camps) qui travaillent en Allemagne nazie ne sont pas encore libérés eux.

lisez dans le très long article d'Anne MORELLI professeure de Critique historique de l'ULB,le détail précis  sur la genèse de l'appel à la main d'oeuvre étrangère (BTNG-RBHC,1988 pages 83 à 90)Tapez Anne Morelli,tapez mineurs italiens... mineurs  polonais et lisez toute la nuit

En Allemagne vaincue,dès mai 1945,le recrutement s'organise avec facilité dans les zones d'occupation anglaise et moins fébrilement dans la zone d'occupation américaine.Des soldats auxiliaires anglais,américains parlant le Polonais,des assistants polonais de Belgique aident les recruteurs et la Sûreté Belge (police des Etrangers) pendant les procédures d'embauche dont une visite médicale,la signature des contrats de travail, et, en juin 1945,les premiers convois transportent des milliers de Polonais vers la Belgique(les derniers en 1947)

kielbowicz josef CONTRAT DE TRAVAIL

 

ROZA,JAROS HONORATA,WROBEL Frania (18ans) en Allemagne

Roza à gauche,à côté,un soldat "polonais" de l'armée américaine,JAROS Honorata,et agenouillée WROBEL Frania.Les baraques allemandes sont en arrière-plan.En 1946,ils sont toujours en attente au Congress D.P.Kamp de Nürenberg.Qui va les avoir pour le travail? La France? La Belgique? L'Allemagne? Vont-ils choisir qu'on les reconduise en Pologne? Oui,ils voyagent en convois organisés;pour voyager seul, il faut payer seul et avoir des papiers,;ils sont d'anciens prisonniers ou esclaves, et, ils n'ont rien de tout cela:c'est impossible de là où ils sont.

Les Polonais établis en Belgique déjà avant la guerre ,eux, ont des papiers et de l'argent.Dès 1945, beaucoup vont rendre visite en train,par la Tchécoslovaquie,à la famille en Pologne communiste et reviennent ,entiers, à la fin des vacances "po urlopie" travailler au charbonnage " do kopalni" na Resy (Ressaix) par exemple.

Le voyage en groupe des Polonais d'Allemagne vers la Belgique est long,pénible.Les lignes  pas sûres sont testées avant le passage des convois d'ouvriers.Les trains sont escortés et surveillés déjà;des étrangers,hou là! La Sureté Belge les surveille!(tout comme dans les convois de travailleurs italiens au départ de Milano) Les trains s'arrêtent souvent et doivent passer le Rhin en Hollande.

Arrivés après 8 jours en gare de Mons,le groupe destiné aux charbonnages du Centre montera le même jour dans un petit tram à vapeur qu'il faudra parfois pousser et arrivera à Givry.Léon Czak,Kozlowski Marian,Szemelak Jula ma mère,le couple Piechowski,le couple Rosowski,la famille Augustyn,le couple Stasiuk sont dedans. A Givry, des camions crasseux qui le jour même avaient transporté du charbon  répartiront cette masse humaine vers les différents charbonnages de la vallée de la Haine.Le 1er juillet 1945,mon père,Kozlowski Maryan à l'âge de 23ans,descend au fond au Quesnoy.

Il habitait Varsovie,travaillait dans une usine de disque et dans un bar d'officiers avant de se retrouver à Leipzig au lendemain d'une la raffle complète d'une rue de Warszawa dans laquelle se trouvait un cinéma.Il regardait un film sur le tango argentin.

Ni lui,ni la plupart des milliers de Polonais recrutés en Allemagne n'avaient travaillé dans une mine et ne voulaient réellement y travailler.Libres,survivants à la guerre,jeunes et pleins d'ambitions,ils ne voulaient pas rentrer en Pologne ,ce qui était toujours possible. mais voulaient découvrir le monde.Ils venaient de milieux sociaux assez divers,ils étaient très scolarisés par un système éducatif polonais d'avant-guerre très performant.Rien avoir avec les premiers mineurs polonais recrutés en Pologne dès 1922 en Silésie déjà asservis,dociles,résignés et courageux et qui connaissant le travail de mine , venaient gagner leur pain en tapant le charbon.

Le but inavoué des nouveaux mineurs était bien souvent le projet de rebondir vers le Canada,l'Amérique,l'Australie ,projet que certains ont réalisé,parfois en regrettant la Belgique et essayant d'y revenir,d'autres sont simplement retournés en Pologne et beaucoup,beaucoup sont restés ici contraints de respecter toutes les clauses de leur contrat de travail et s'il y dérogeaient,le zèle de la police des étrangers (sûreté de l'Etat) assurait les patrons charbonniers d'un retour du mineur égaré vers son charbonnage.Les témoignages sur ce sujet sont nombreux.Pas question d'aller comme maçon ou comme tourneur;la police des étrangers arrivait rechercher le fugitif pour le remettre à la fosse.

FABJANCZYK Stefan reconnaîtra les baraques allemandes du camp Roland (le même archictecte qu'à Maurage) mais sera vite logé avec Honorka enceinte,avec d'autres couples dans la même maison,au 11 de la rue Quinteau à Péronnes-Charbonnages.D'autres resteront parfois quelques années dans ces baraques ,des "camps d'attente",à Ressaix ou ailleurs comme la famille de DROZD Wladziu ,à droite sur la photo ci-dessous au camp Roland,qui habitera plus tard à Péronnes-Village ainsi que Heltia JAKOWSKI et son fils Nènè (Heniek,le petit Henri, né en Allemagne)dont la famille ira habiter à Bersillies l'Abbaye,petit village belge enclavé en France tout près de Jeumont.Fabjanczyk Stefan est tout à gauche.

Fabjanczyk Stefan,Drozd,Helka,Neuneu

Les Polonais arrivés en Belgique de 1922 jusqu'en 1939 furent recrutés sur bases d'accord avec la Pologne,nouvel état indépendant depuis 1918).Ils sont des travailleurs que la Belgique a été chercher en masse en Pologne.Avant la guerre,on n'entre pas en Belgique quand on en a envie.

Les Polonais arrivés en Belgique de 1945 à 1947 viennent d'Allemagne et non de Pologne.Ce ne sont pas des mineurs à l'origine.S'il n'y avait pas eu de guerre,ceux-là seraient restés en Pologne et peut-être des mineurs seraient recrutés.La guerre a déplacé une population en Allemagne où les pays occidentaux avec industrie lourde et charbon (France,Belgique,Allemagne,Angleterre )se sont constitués une réserve de main d'oeuvre et se sont  servis.La Pologne d'après-guerre ,n'aurait pas permis un déplacement massif de ses mineurs à elle.La Belgique est allée les chercher en Allemagne cette fois.On n'entre pas en Belgique quand on en a envie.On les appelle toujours des Polonais mais bientôt pour éviter l'ingérance du gouvernement polonais de Pologne (celui de Londres n'a jamais réagi sur la condition ouvrière des Polonais,même pas en Angleterre)sur les conditions qui leurs sont faites ici,on les appellera:

personnes déplacés puis ,réfugiés ONU (IRO) ce qu'ils ne sont pas du tout puisqu'ils ont un contrat de travail,un permis de travail,une carte d'identité d'étranger,qu'ils peuvent même retourner en Pologne,et, enfin on les qualifie d'apatride (sans nationalité) et voilà le tour est joué.Ainsi donc Jaros Honorata qui choisit le convoi pour la Belgique est une apatride;sa soeur Natalka,sa soeur Stasia Jaros et son frère Piotrek Jaros montent dans le convoi de retour en Pologne et eux ne sont pas des personnes déplacées,ni des apatrides;pour quoi faire? Ils restent Polonais.Vous comprenez mieux,pas vrai.

La Pologne n'a pas à se mêler de la situation de ceux qui venus d'Allemagne,travaillent en Belgique,"c'est pas des Polonais". La Belgique apparaît comme un bienfaiteur humaniste qui accueille des personnes abandonnées en pleine Allemagne ,en danger, pour les protéger et en période de guerre froide , la Belgique n'engage pas du tout des "rouges" mais des gens sans nationalité.Non non , ce ne sont pas des Polonais,ce ne sont pas des communistes du tout;ils n'ont pas de nationalité et on leur donne du travail  pour les aider,on les protège (de quoi?).L'ONU (l'IRO-International Refugie Organisation dont le siège est à Genêve) versera des masses d'argent pour les programmes aux personnes déplacées,réfugiées (en fait de la main d'oeuvre à bas prix comme dans toute l'histoire occidentale tout comme aujourd'hui) et nous tentons de savoir à qui tout cet argent de l'ONU (IRO) est allé ici en Belgique.

23:31 Écrit par LES POLONAIS DU CENTRE dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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